Mon Frère


C'est toi qui a nagé
Dans ma seule rivière
C'est toi qui a sauté
Par dessus mes barrières

Toi qui a mis le pied
Dans ma vierge forêt
Sur mes sentiers privés
Sur des chemins secrets

T'as joué à la cachette
D'une drôle de manière
T'as triché je regrette
Qu'est-ce-qui t'a pris (qu'est-ce-qui t'a pris) mon frère

C'est toi qui a frayé
Ce défendu passage
Toi qui a regardé
Fleurir mon paysage

C'est toi qui a reçu
Mes pluies et mes sanglots
Je te revois pied nus
Jouer dans mes flaques d'eau

T'as joué à la cachette
D'une drôle de manière
T'as triché je regrette
Qu'est-ce-qui t'a pris (qu'est-ce-qui t'a pris) mon frère

T'as joué à la cachette
D'une drôle de manière
T'as triché je regrette
Qu'est-ce-qui t'a pris (qu'est-ce-qui t'a pris) mon frère

D'accord tu ne viens plus
Nager dans ma rivère
Et tu ne sautes plus
Par dessus mes barrières

Mais il flotte toujours
L'odeur trop familère
De ce jeu de l'amour
Que j'apprenais à faire

T'as joué à la cachette
D'une drôle de manière
T'as triché je regrette
Qu'est-ce-qui t'a pris (qu'est-ce-qui t'a pris) mon frère

C'est toi qui a enfoui
Dans mon coeur et ma terre
Cette honte qui grandi
Qu'est-ce-qui t'a pris qu'est-ce-qui t'a pris mon frère

S'il existe un sentier
Pour revenir en arrière
Tu m'en as tant montré
Montre le moi mon frère

Lynda Lemay Index

La Salle De Billard


Toujours j’me souviendrai de ce doux premier soir
C’est là qu’il m’a parlé... de la salle de billard
Au début j’l’ai suivi, juste pour regarder
Ses belles mains s’installer au milieu des tapis

Y savait faire rouler d’une façon remarquable
Les p’tites boules colorées jusqu’aux poches de la table
Et tapis sur tapis, ça se laissait vider
Et pari sur pari, j’le voyais empocher

Y’a tant parlé d’billard qu’j’en ai eu des maux d’tête
J’en ai fait des cauchemars, j’voyais plus qu’des baguettes
Qui m’poursuivaient partout toutes chargées d’poudre bleue
Qui m’donnaient des grands coups ou qui m’crevaient les yeux

Il allait chaque matin, chaque midi et chaque soir
Rejoindre les copains à la salle de billard
J’ai rêvé un bout’temps d’pouvoir rivaliser
Je m’suis dit "fais semblant qu’tu t’sens pas délaissée"

J’débordais d’jalousie quand j’allais le voir jouer
J’me donnais comme défi de le déconcentrer
Mais c’était peine perdue, j’avais pas les bonnes boules
J’étais pas la bienvenue à sa chère salle de pool

J’aurais dansé toute nue sur la table d’à côté
J’peux vous gager mon cul qu’y aurait même pas bronché
C’est sûrement pas deux seins qu’y auraient pu le r’tenir
D’annoncer son cross-coin et de le réussir

Toujours j’me souviendrai qu’au milieu d’un tournoi
J’suis allée lui donner le bel ultimatum
Quelque chose dans l’genre... "c’est l’billard ou c’est moi"
Y’a gagné son tournoi, moi j’ai perdu mon chum!

Lynda Lemay Index

L'hymne À La Camioneuse


Je mesure 5 pieds 2
Et j'grimpe à trois avec mes bottes
Que j'vois pas un baveux
Qui vienne me traiter de p'tite sotte

J'vous jure que la p'tite dame
Faut pas qu'elle sorte de ses gonds
Attendez pas qu'j'me tanne
Et que je sorte de mon camion

J'suis féminine mais j'ai pas la bosse de la cuisine
Je chausse des quatre, mais faut pas qu'on m'pile sur les pattes
J'bouffe de l'asphalte, c'est avec ça que j'garde ma ligne
Ma ligne de gauche, ma ligne de droite
J'm'appelle Agathe

Moi mon cercle d'amies,
C'est pas le cercle des fermières
J'gagne pas ma vie
À faire du macramé ou des tourtières

J'vous jure que mon mari
Est équipé d'une drôle de femme
Ses collèges s'en remettent pas
Quand j'vais l'chercher avec ma van

J'suis féminine mais j'ai pas la bosse de la cuisine
Je chausse des quatre mais faut pas qu'on m'pile sur les pattes
J'bouffe de l'asphalte, c'est avec ça que j'garde ma ligne
Ma ligne de gauche, ma ligne de droite
J'm'appelle Agathe

J'entends des hommes qui râlent
Quand ils viennent voir mon
Camion de proche
Vous devriez voir le mâle
Qu'j'ai fait peinturer au air brush
Tant pis pour les jaloux,
Que les machos rentrent dans l'rang
C'est pas dans mon dix roues qu'j'vais m'faire traiter d'femme au volant

Non j'suis pas grande
Mais j'ai pas la langue dans ma poche
Je sais me défendre,
Je peux vous flanquer des taloches
Si vous me cherchez vous pouvez me trouver dans mon truck
Je suis une fille de mon époque

J'suis délicate
Mais pour les gars j'suis un des leurs
J'ai pas de prostate
Mais j'peux réparer un moteur
J'suis une frotteuse,
C'est une question de carrosserie
Je suis heureuse quand ça reluit,
J'suis camionneuse
J'suis camionneuse, j'suis camionneuse

Lynda Lemay Index

Les Perles De L'Atlantique


Une vieille casquette et des chaussures délacées
Une chemise ouverte sur un coeur mal attaché
La serviette entre les épaules et les oreilles
Lourde de sable et de soleil

A moitié femme et à moitié petite fille
Presque solide mais encore un peu trop fragile
Avec comme une perle en moins dans ma coquille
J'ai quitté l'île

Avec ce sentiment d'oublier quelque chose
J'suis montée à l'arrière d'la Pontiac de mon père
Comme je n'ai pas su garder les paupières closes
J'ai regardé s'éloigner les dunes et la mer

Les genoux encore couverts de boue et de bouts d'algues
Et la bouche encore pleine du goût de ta peau
J'ai écouté se taire le vent et les vagues
Puis se déchaîner ma colère et mes sanglots

Endormie dans une boite depuis des années
Comme dans un coffre au trésor mal enterré
Y'a une casquette et des chaussures démodées
Lourdes de sable et de poussière

Certains printemps dans mes folies de grand ménage
En retrouvant ces p'tits vestiges de voyage
Je retrouvais du même coup le grand vertige
Qu'j'avais sur l'île

Avec ce sentiment d'oublier quelque chose
Je remettais la boîte à sa place avec soin
Je n'ai jamais su garder les paupières closes
Quand mes yeux se mettent à pleuvoir de vieux chagrins

Puis j'émergeais d'la chambre à débarras, rêveuse
Avec les joues toutes rouges et les ch'veux emmêlés
Comme un fantôme d'adolescente amoureuse
La bouche encore marquée de son premier baiser

Puis en ramassant mon journal un beau matin
Dans la boîte aux lettres en bordure du chemin
En robe de nuit et en pantoufles au grand soleil
Lourde d'ennui et de sommeil

J'ai trouvé parmi les encarts publicitaires
Un petit mot signé d'une main familière
Qui du coup me ramena des années en arrière
Là-bas sur l'île

Avec ce sentiment d'retrouver quelque chose
J'ai couru jusqu'à l'endroit où tu m'attendais
Y'a des voeux que parfois le bon Dieu exauce
Comme une réponse à toute la vie qui s'embrouillait

J'devais avoir un grand sourire de petite fille
Quand j'ai serré si fort la main que tu tendais
Que j'ai senti s'amonceler dans ma coquille
Toutes les perles de l'Atlantique au grand complet

Lynda Lemay Index

Je Te L'avais Dit


J'te l'avais dit c'soir là
Que le mal était fait
Qu'un coeur brisé comme ça
C'était brisé correct
Qui s'en remettrait pas
Même s'il finissait presque
Par donner l'impression
D'être encore en fonction

J'te l'avais dit direct
Qui était déjà trop tard
Y a des coeurs qui s'réparent ,
Y en a d'autres qu'on jettent
Le mien tu l'as cassé
Comme une vieille tirelire
Impossible à r'coller
Impossible à remplir

Quand quelqu'un m'donne une chance
Moi pour y croire encore
Ça m' prend toute mon p'tit change
Mais mon cochon est mort
Ça fait que j'y crois pas fort
Quand ça sent la passion
Pis cé pas ben ben long
Que le vent change de bord

J'te l'avais dit c'soir là
Que les histoires à l'eau de rose
J'pouvais pu croire à ça
Qu' j'en avais eu ma dose
Que j'en reviendrais pas
De c'te maudit échec
Que c'te gros dégâts là
J'allais mourir avec

J'te l'avais dit c'soir là
Est-ce que tu t'en rappelles
On peut pas subir ça
Sans garder des séquelles
On passe pas tout ce temps là
A gravir une échelle
Pour s'ramasser en bas
Pis encore croire au ciel

J'te l'avais dit c'soir là
J'te l'ai dit en pleine face
Que j'laisserais pu un chat
Me r'griffer à même place
J'ai lèché toutes mes plaies
Pis j'm'ennuie pas de tes griffes
Mais la place dont je parlais
Ben, est encore à vif

Ch'pas en train d't'acuser
Pi j'te souhaite pas d'malheur
Té ben juste mal tombé
En m'tombant en plein coeur
J'aurais pu pas t'aimer
On aurait été quitte
Pas d'chicane pas d'blessés
Et bonne chance pour la suite

J'te l'avais pas reproché
Mais je l'savais pareil
Qu'une lune décrochée
C'est ben beau mais ça s'paye
Un beau jour quand j's'rai vieille
J'te dirai sans rancune
Tu m'as piqué ma lune
Mais jamais mon soleil

Lynda Lemay Index

La Cassette Vidéo


Gonflée comme une baleine
Echouée dans mon salon
Rentrée dans mes bas de laine
Jusqu'au double menton

J'étais dans un dilemme
Est-ce que je le fais ou non ?
Et ça faisait des semaines
Que je me posais la question

Quand on passe la trentaine
Faut qu'on passe à l'action
Mais comme on se trouve vilaine
On reste à la maison

J'rentrais plus dans mon linge
L'ultime solution
C'était de faire le singe
D'vant ma télévision

J'ai acheté la cassette
Le fameux vidéo
Avec trois filles parfaites
Qui suivent le même tempo

J'suis allée en cachette
J'suis rev'nu en auto
Tout équipée de serviettes
Et de grandes bouteilles d'eau

J'm'imaginais déjà
En patins à roulettes
Le p'tit top en lycra
Moulé sur ma silhouette

Légère comme une ballerine
Droite comme une majorette
Avec mes shorts en jean
Mes pads et mes deux couettes

Mais au bout d'un quart d'heure
A suivre leur exemple
Etendue dans ma sueur
Et tordue par les crampes

Il m'a fallu admettre
Qu'elles avaient du mérite
Les trois jolies minettes
Et leurs fesses en granit

Mais n'abandonnant rien
J'ai repris de plus belle
Le redondant refrain
De leur chanson cruelle

Allez ! 1-2-3-4 !
Allez ! Un peu plus haut
Les joues comme des tomates
Les seins comme du jello

J'm'imaginais déjà
Le nombril dans les pages
Des calendriers qu'y a
Sur les murs des garages

Musclée comme une athlète
Mouillée comme une sirène
Avec des petites gouttelettes
Sur ma jolie bedaine

Après c'est sur le dos
Qu'il fallait que je m'étende
Moi, qui rêvais de repos
J'étais plutôt contente

Jusqu'à ce qu'elles disent les mots
Que j'voulais pas entendre
Pour les abdominaux
Faut soulever les jambes

J'vibrais comme une auto
Dû pour un alignement
Quand, soudain mes rideaux
M'ont semblé transparents

J'étais sur que mes voisins
M'observaient en riant
Sacraient comme un païen
Bavaient comme un volcan

J'm'imaginais déjà
Couché sur une civière
La tête en dessous du drap
Les cheveux dans la glissière

Un p'tit mot dans l'journal
Disant qu'on m'a trouvé
En position fétale
Au pied de ma télé

Bien sûr très rapidement
Pendant qu'ces demoiselles
Continuaient en souriant
De jouer à la sauterelle

J'râlais sur mon divans
Avec un 7'up
J'crois qu'c'est en rotant
Que j'ai pesé sur stop !

Et ma précieuse cassette
Repose depuis ce jour
A plat sur une tablette
Avec des 33 tours

Quand je commence à m'sentir
Serré dans mes vêtements
Regardez moi courir
En acheter des plus grands !

Lynda Lemay Index

Va Rejoindre Ta Femme


Va rejoindre ta femme maint'nant
Que t'as eu ton plaisir,
Que j'ai eu mon argent
Allez, j'vais pas t'ret'nir

Tu sors de ton camion
T'as eu ton aventure
Remonte ton pantalon
Rattache ta ceinture

Pi boucle l'aut'ceinture
Pi sois prudent p'tit con
Et boucle la bien sur
Rendu à la maison

Va r'joindre ton monde mait'nant
Qu't'as maté ma poitrine
En te contrefichant
De ma mauvaise mine

Va prendre ta douche monsieur
Va faire le beau le propre
J'imagine que c'est mieux
Que de faire la salope

T'es en retard mon vieux
Va r'joindre ta femme, dépèche
J'suis convaincue qu'tu veux
Que ta salade soit fraiche

Mon cul, ça tu t'en fous
Allez pourvu qu'tu puisses
Me fouiller tout partout
Et me gifler les cuisses

Pourvu que j'obéisse
Pendant ces longues minutes
Le temps que ça finisse
Le temps de faire la pute

Va r'joindre ta douce, maint'nant
Que t'as craché tes sous
Va donc te mettre à g'nou
Jouer avec tes enfants

Quand j'me mets à g'nou
Je joue avec les grands
J'm'amuse pas beaucoup
Mais je fais bien semblant

Va donc rejoindre tes proches
Maint'nant qu't'es soulagé
Qu'tu t'es vidé les poches
Et que tu m'donnes congé

Allez, j'm'en vais tou'd'suite
Je vais t'laisser reprendre
Ton p'tit train-train fais vite
Ta famille va t'attendre

Toi, quand tu réalises
Ton plus récent fantasme
Tu t'déculpabilises
En brandissant tes piastres

Et tu retournes tranquille
Dans ta p'tite vie rangée
Là bas dans l'ouest de l'île
Derrière tes peupliers

Quand tu pars en camping
A la pèche à la truite
Lorsque tu lances ta ligne
Moi, j'en renifle 18

Mais tu t'en fous bien sur
Tu fais d'mal à personne
Même que l'argent qu'tu m'donnes
Me f'ra une bonne piqûre

Et je s'rai bien comme toi
Lorsque tu t'assoieras
Devant le bon repas
Qu'elle te servira

Pardon si j'te méprise
Mais tu me le rends bien
Retourne à ton église
Et dis à dieu "qu'j'm'en viens"

Lynda Lemay Index

La Centenaire


Ca fait cent longs hivers
Que j'use le même corps
J'ai eu cent ans hier
Mais qu'est-ce qu'elle fait la Mort?

J'ai encore toute ma tête
Elle est remplie de souvenirs
De gens que j'ai vu naître
Puis que j'ai vu mourir

J'ai tellement porté de deuils
Que j'en ai les idées noires
J'suis là que j'me prépare
Je choisis mon cercueil

Mais l'docteur me répète
Visite après visite
Qu'j'ai une santé parfaite
Il est là qui m'félicite

J'ai vu la première guerre
Le premier téléphone
Me voilà centenaire
Mais bon qu'est-ce que ça m'donne?

Les grands avions rugissent
Y'a une rayure au ciel
C'est comme si l'Eternel
M'avait rayé d'sa liste

Ca fait cent longs hivers
Que j'use le même corps
J'ai eu cent ans hier
Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort

Qu'est-ce que j'ai pas fini
Qu'y faudrait que j'finisse
Perdre un dernier ami
Enterrer mes p'tits fils

J'ai eu cent ans hier
Ma place n'est plus ici
Elle est au cimetière
Elle est au Paradis

Si j'méritais l'Enfer
Alors, c'est réussi
Car je suis centenaire
Et j'suis encore en vie

Moi j'suis née aux chandelles
J'ai grandi au charbon
Bien sûr que j'me rappelle
Du tout premier néon

J'ai connu la grande crise
J'allais avoir trente ans
J'ai connu des églises
Avec du monde dedans

Moi j'ai connu les chevaux
Et les plantes à laver
Un fleuve tellement beau
Qu'on pouvait s'y baigner

Moi j'ai connu le soleil
Avant qu'il soit dangereux
Faut-il que je sois vieille
Venez m'cherchez Bon Dieu

J'ai eu cent ans hier
C'est pas qu'j'ai pas prié, mais
Ca aurait tout l'air
Que Dieu m'a oubliée

Alors j'ai des gardiennes
Et des nouveaux visages
Des amis de passage
Payés à la semaine

Elles parlent un langage
Qui n'sera jamais le mien
Et ça m'fait du chagrin
D'avoir cinq fois leur âge

Et mille fois leur fatigue
Immobile à ma fenêtre
Pendant qu'elles naviguent
Tranquilles sur Internet

C'est vrai j'attends la mort
Mais c'est pas qu'je sois morbide
C'est qu'j'ai cent ans dans le corps
Et j'suis encore lucide

C'est que je suis avide
Mais qu'y'a plus rien à bord
Que mon passé déborde
Et qu'mon avenir est vide

On montre à la télé
Des fusées qui décollent
Est-ce qu'on va m'expliquer
Ce qui m'retient au sol

Je suis d'une autre école
J'appartiens à l'histoire
J'ai eu mes années folles
J'ai eu mes heures de gloire

J'ai eu un bon mari
Et tant de beaux enfants
Mais tout le monde est parti
Dormir au firmament

Y'a que moi qui veille
Qui vit, qui vit encore
Je tombe de sommeil
Mais qu'est-ce qu'elle fait la Mort?

Lynda Lemay Index

J'aime La Pêche


J'vais vous avoir mes p'tits gluants
Si vous approchez d'mon crochet
Du haut d'mon rocher sournoisement
J'vais vous embrocher mes brochets

Remuez-vous dans vos remous
Plus vous vous cachez plus j'aime ça
J'vais vous trouver dans vot' p'tit trou
J'vais vous faire gruger mon appât

J'aime la pêche
Oui c'est mon passe-temps préféré
J'aime la pêche
Ca me permet de tout oublier
J'aime la pêche
Ca me détend ça me fait rêver
J'aime la pêche

J'vais vous faire sortir de votre lac
J'vais vous coincer dans mon filet
J'vais vous étouffer dans un sac
J'vais vous faire cuire comme des poulets
J'vais vous ouvrir jusqu'aux arêtes
J'vais vous farcir aux p'tits oignons
Juste avant d'vous trancher la tête
Et d'vous bouffer comme un cochon

J'aime la pêche
Oui c'est mon passe-temps préféré
J'aime la pêche
Ca me permet de tout oublier
J'aime la pêche
Ca me détend ça m'fait rêver
J'aime la pêche

J'aime la pêche
J'aime regarder vos grands yeux ronds
Quand vous gigotez à mes pieds
Qu'vous vous débattez comme des cons
Pendant que j'vous laisser crever
Ca me détend ça m'fait rêver
J'aime la pêche

Lynda Lemay Index

La Maudite Prière


Mon Dieu, j'suis dans la merde
J'ai besoin d'vous tout de suite
Pourriez vous me faire perdre
Le bébé qui m'habite

Ce serait un quatrième
J'ai déjà trois enfants
Si lui se rend à terme
J'm'en prédis pas autant

J'suis même pas libérée
D'mon état dépressif
On s'mêle de m'annoncer
Qu'le test est positif

Je porte un petit enfant
Je devrais me réjouir
Mais c'est un accident
Dans lequel j'pourrais mourir

Si j'fais ce que j'vais faire
C'est à dire le garder
L'aimer comme ses frères
A moins que vous m'aidiez

J'veux pas lui faire de mal
J'ose pas téléphoner
A ces cliniques spéciales
A ces messieurs gantés

Ils feraient du bon boulot
Je suis trop poule-mouillée
Mais fait par vous là-haut
Je saurais l'apprécier

Mais comment s'y prennent-elles
Pour être épanouies
Ces mères de douze qui
Fournissent les maternelles

Je sais pas où elles puisent
Leur foutue énergie
Pendant que je m'épuise
A surveiller les petits

Ai-je une saleté dans l'âme
Pourquoi vous ferais-je de l'oeil
Pour que vous portiez le blâme
Et que je porte le deuil

De cet enfant qui s'bat
Pour joindre la famille
Il ne soupçonnais pas
Qu'elle soit si fragile

Y'a pas de choix possible
Pour mon pauvre foetus
C'est déjà difficile
Ca ne peut pas l'être plus

Fallait-il que je que taise
Ma cruelle requête
Votre silence pèse
Au dessus de ma tête

Si vous ne répondez pas
Et que les mois s'égrainent
Et que je donne bas
Et qu'il s'en sort indemne

Quand j'l'aurai dans mes bras
Crevée, mais toute émue
Surprise de le voir là
Et d'avoir survécu

Même si j'étais capable
De devenir sa mère
Je serais toujours coupable
De cette maudite prière

J'pourrais pas le rendre heureux
Ni lui ni les trois autres
Pardonnez-moi mon Dieu
J'suis pas un bon apôtre

Si c'est un cadeau du ciel
Alors je vous le rends
C'est pas une bonne idée
C'est pas le bon moment

Lynda Lemay Index

La Petite Annonce


Je cherche un homme de 50 ans
Qui a tout rêvé, qui a tout perdu
Qui s'en est juste assez voulu
Pour savoir ce qu'il veut vraiment

Je cherche un homme de 50 ans
Qui a déjà tout dû, tout rendu
Qui a refait juste assez d'argent
Et que l'argent n'éblouit plus

Je cherche un homme de 50 ans
Qui a déjà plu, déjà déçu
Et qui a fait juste assez d'enfants
Pour être juste assez ému

Je cherche un homme qui a survécu
Qui a déjà tout fumé, tout bu
Qui a tout connu des femmes nues
Un homme. qui ne cherche plus

Je cherche un homme de 50 ans
Qui sait ce qu'il n'a pas à offrir
Qui a plus de passé que d'avenir
Et qui enfin, prend tout son temps

Je cherche un homme de 50 ans
Qui est déjà préparé au pire
Qui sait c'que l'temps n'peut pas guérir
Qui a déjà vu trop d'enterrements

Je cherche un homme de 50 ans
Qu'la vérité ne fait plus fuir
Qui a le courage de ne pas mentir
Sur ces foutus de sentiments

Et un Monsieur de 50 ans
Qui ne se prend plus au sérieux
Et qui m'aimerais silencieusement
Et qui le ferait de son mieux

Je cherche un homme pas trop solide
Parce que personne ne l'est jamais
Un qui aurait juste assez de rides
Et presque plus de secrets

Je cherche un homme comme y'en a plein
Mais je les croise jamais
Un qui ressemble à mon chagrin
Et qui peut-être m'attendrait

Un homme de 50 balais
Peut-être plus, peut-être moins
Bien entendu un pas parfait
Mais, enfin, un qui serait le mien

Peut-être pas pour toute la vie
Mais pour quelques moments si vrais
Qu'au moins, j'aurais pas le cour détruit
Chaque fois que je m'en souviendrais

Lynda Lemay Index

J'suis Du Boudin


Mon père est un filet
Tout tendre et tout mignon
Ma mère est un navet
Elle plaît pas à tout le monde

Ma grand-mère est une soupe
Un vieille soupe au lait
Elle a marié une nouille
Ils ont fait du navet

Ma tante, elle est une tarte
Une grosse tarte au bacon
Elle a eu trois tomates
De différentes bananes

Son mari est un oeuf
Un ouf en voiture sport
Qui promène son bacon
Et sa saucisse de porc

Et moi, et moi j'suis du boudin
Maman dit qu'c'est pas grave
Qu'il faut pas qu'j'aie d'chagrin
Qu'il faut que je sois brave

Elle dit que du boudin
Y'en a qui adorent ça
C'est sûrement un raisin
Qui me fera des petits pois

Elle me raconte sa vie
Sa petite vie de navet
Ses premières cochonneries
Avec un jeune poulet

Elle dit que je suis belle
Ou enfin très jolie
Qu'j'vaux bien n'importe quel
Bâton de pepperonni

Mon frère est une salade
Une salade césarienne
Il a pas de camarades
Il a mauvaise haleine

Mon voisin de jambon
A marié sa vieille truite
Il l'a trompée tout de suite
Avec deux gros melons

Et moi, et moi j'suis du boudin

Qu'j'arrête d'envier ma soeur
Ma sour qu'est une crevette

C'est depuis la cuisine
Que maman me répète
Une pauvre grosse poutine
C'est ça qu'tu voudrais être

Et puis regarde ton oncle
Le beau grand panier de fruits
Qui se meurt aujourd'hui
Du cancer du kiwi

Regarde ton petit cousin
Ça se vante d'être du persil
Ça s'assoit sur son steak
Pour le restant de sa vie

Elle me raconte l'enfer
Des cuisses de grenouilles
Qui vont vendre leur chair
Dans les buffets chinois

Elle dit que les courgettes
Finissent en ratatouille
Qu'elles sont tellement défaites
Qu'on les reconnaît même pas

Mais on a beau dire
Y'a rien qui m'fait du bien
J'arrive pas à m'réjouir
D'être un beau brin de boudin

Je changerais de place avec
A peut-prêt n'importe quoi
Du foie, un biscuit sec
Et puis même un anchois

J'suis née pour un p'tit pain
J'me fais pas d'illusion
On drague pas du boudin
A moins d'être cornichon

J'me sens pas à ma place
Dans ma peau d'intestin
J'me trouve dégueulasse
J'veux plus être du boudin

Mais si, si j'faisait d'l'exercice
Avec un pt'it peu d'veine
J'aurais l'air d'une saucisse
Une belle italienne

Si j'étudiais plus fort
Si j'croyais plus en moi
Je pourrais peut-être alors
Devenir un avocat

Mais j'vais pas m'humilier
Sous les yeux horrifiés
Du capricieux gamin
Qui me relèguera au chien

J'suis déjà un rebus
J'ai l'air de l'excrément
Même mon psy le toffu?
Est à court d'arguments

Moi j'voulais faire ma vie
Avec un tournedos
Mais même les spaghettis
Sont là qui me tournent le dos

J'me sens pas désirée
J'dois faire une dépression
J'ai envie d'me trancher
La seule veine que j'ai

D'me vider au complet
De mon sang de cochon
Devant les pintes de lait
D'mes voisines de balcon

Adieu Maman navet
Papa filet mignon
Adieu colocataires
De mon grand frigidaire

J'vais m'dépêcher pendant
Qu'suis pas dans mon assiette
Pour expirer avant
C'que dis mon étiquette

Lynda Lemay Index

Mon Idole


Y'a fallu qu'on m'tienne qu'on m'y traîne pour que j'y vienne
J'étais dévorée par la gène mais qu'à cela ne tienne
Trempée de sueur dans mon p'tit débardeur de laine
J'me suis retrouvée dans le couloir de l'arrière-scène

J'ai rencontré les producteurs, les techniciens, les musiciennes
Jusque-là, y'avait pas de problème
Ce qui faisait battre mon cour comme si j'courais un marathon
C'étais le gars, dans la loge du fond

On a tout fait pour me calmer pour m'empêcher
De prendre mes jambes à mon cou et de m'en aller
On m'a fait boire un coup on m'a déconcentrée
Afin de v'nir à bout de me le faire rencontrer

J'ai entendu une voix de québecois appeler "Lynda, Lynda"
Jusque là, y'avait pas de problème
J'me suis r'tournée comme une toupie
C'est là que la voix de québecois m'a dit: "j'te présente Johnny"

Il était là, qui me regardait droit dans les yeux
J'me sentais comme Alice au pays merveilleux
C'était comme une affiche de lui grandeur nature
Sauf que l'affiche est pas restée collée au mur

Il m'a tendue la main, je l'ai serrée juste un peu trop longtemps
Jusque là pas vraiment de problème
C'est lorsqu'en partant il a dit en passant "vous êtes très jolie"
Alors là c'était le paradis

Je suis retournée chez moi avec un sourire niais
Depuis ce sourire ne me quitte plus jamais
Je suis peut-être pas exactement jolie
L'important c'est que le compliment vient de Johnny

Lynda Lemay Index

M'exaucerais-Tu Quand Même ?


J'ai oublié l'Eglise
J'ai oublié l'eau tiède
Qui bénit, qui baptise
Je n'ai demandé d'aide
Qu'aux patrons d'entreprises
Qu'aux gérants de banque
Parc'qu'eux, la marchandise
Je sais où ils la planquent
J'ai oublié y'a lontemps
Les mots de Notre Père
Le nombre de commandements
Et le prénom d'ta mère
J'ai dit plus de blasphèmes
Que dix ivrognes en choeur
Plus d'histoires obscènes
Qu'un convoi d'cammionneurs

Si j'te d'mandais comm' ça
De sauver l'homm' que j'aime
Qui'est dans un piteux état
M'exaucerais-tu quand même ?

J'ai pas été serviable
J'ai pensé qu'à moi-même
Y'a des brebis plus fiables
Dans la plupart des fermes
Il se fait pas moins fidèle
Et puis moins pratiquante
Il ne me poussera pas d'ailes
J'vais mourir comme une plante
Y'en a qui se prosternent
Devant leur dieu-soleil
Moi, j'vis à la romaine
Mes genoux s'portent à merveille
Je mange de la viande bleue
Le vendredi quand même
Et tout l'chocolat que j'veux
A longueur de carême

Si j'te d'mandais comm' ça
De sauver l'homm' que j'aime
Qui'est dans un piteux état
M'exaucerais-tu quand même ?

Si j'allumais des cierges
Si j'promettais de croire
Si le prénom d'la vierge
Me revenait en mémoire
Et que j'te demandais comme ça ...

Si j'te d'mandais comm' ça
De sauver l'homm' que j'aime
Qui'est dans un piteux état
M'exaucerais-tu quand même ?

Lynda Lemay Index