Décevoir


J’ai aucun compte à rendre
A quelque âme qui vive
J’ai pas d’conseil à prendre
Que je serais pas suivre
Si je prie, si je mens
Si je dis des bêtises
Je ferai pas autrement
Quoi que tu fasses ou dises
Tu seras jamais ma mère
Et même si tu l’étais
J’te déclarerais la même guerre
Qu’à celle que j’ai
S’il y a une réussite
Dont je peux me prévaloir
Dont j’ai tout le mérite
C’est de décevoir

J’ai déçu ma famille
J’ai déçu mes amours
J’ai pas déçu ma fille
Mais j’ai tout fait pour
Quand j’ai quitté son père
Elle a penché sa tête
Elle a dit «je suis prête »
Comme si elle comprenait
Pourtant j’étais fautive
Elle a dit «Oh tu sais
Ce sont des choses qui arrivent »
Elle est montée, tranquille
Dans ma vieille bagnole
Elle a changé de ville
Elle a changé d’école

Je sais que tu m’en veux
Et que tu me condamnes
Oui je passe aux aveux
Et je prends tous les blâmes
Toi, le témoin gentil de toutes mes erreurs
Toi qui est mon amie
Soit-disant la meilleure
Toi qui t’montres fidèle
Depuis la petite enfance
Toi qui est mon modèle
Un modèle de patience
Je savais que j’arriverais
A perdre ta confiance
Mon coeur est si mauvais
Qu’tu trembles d’impuissance

Tu sais où j’me les mets
Tes belles remontrances
Puisque j’ai pas d’cervelle
C’est bien là ou tu penses
S’il fallait que j’m’en veuille
Chaque fois que j’fais d’la peine
Je serais dans mon cercueil
J’me serais ouvert les veines
C’pas vrai qu’y faut qu’j’me donne
Une foutue seconde chance
Qu’y faut que j’me pardonne
Et que je recommence
Dis pas d’conneries, ma vieille
Je sais que j’te dérange
Mais c’pas demain la veille
Qu’je vais devenir un ange

Et si c’est aujourd’hui
Que j’dois perdre ma dernière
Plutôt ma seule amie
Eh bien vas y ma chère
J’vais t’ajouter au poids
De tous mes grands échecs
Tout l’respect que j’te dois
J’vais m’étouffer avec
Si t’étais pas déçue
Y’était temps que tu le sois
C’était du temps perdu
Tout ce temps avec moi
Fallait pas perdre ta vie
A vouloir me sauver
Reprends ton crucifix
Et laisse moi somber !

Il me restera ma fille
Mon petit rayon d’amour
Mon restant de famille
Ma bouée de secours
Ile me restera ma fille
Qui veut me ressembler
Qui danse et qui s’maquille
Et qui met mes souliers
Il restera ma fille
Qu’tu m’offres d’adopter
Car tu crains la béquille
Qu’elle va m’emprunter
Il ne me restera qu’elle
Voilà c’est mon histoire
Il ne me restera qu’elle seule
A décevoir...

Lynda Lemay Index

Ma Chouette


Y'avait toute la famille
Dans la caféteria
Ça prenait des paris,
Certains disaient
"Ce sera sans aucun doute une fille"
Parce que je te portais bas
Même si l'échographie
Me prédisait un gars

Puis y'avait ton père exalté
Comme une femme
Entre la crise de nerf
Et puis la crise de larmes
Impatient comme un cheval
Derrière la barrière
Qui piètine la terre
Avant la course finale

Et y'avait l'infirmière,
Tranquille comme un poisson
Diplomèe en matière de respiration
Qui m'flattait la jaquette
Pendant les contractions
Et qui m'appelait "ma chouette"
Comme si c'était moi le poupon

Et bien sûr y 'avait moi,
La chouette en question
Tremblante comme un soldat
Qui va combattre au front
Comme une brebis frileuse
Qui veut pas qu'on la tonde
Comme une poule couveuse
Qui sait pas comment pondre

Finalement y'avait toi,
Toi qui voulait sortir
"Tant pis si c'est étroit
Tant pis si ça déchire"
Pressée comme la police
En pleine chasse à l'homme
Toi, la star en coulises
J'allais t'voir en personne

A l'heure où, pour être franche
Moi j'en avait plein l'col
Y'avait une petite balle blanche
Qui prenait son envol
Sur le grand terrain d'golf
Où s'promenait mon docteur
Qui entendait pas sonner
L'téléavertisseur

Y'avait toute la famille
Dans la caféteria
Ça mangeait des croustille
Ça buvait du cola
Et puis y'avait ton père
Que je sentais faiblir
Qui savait pas quoi faire
Et encore moins quoi dire

Et l'infirmière inquiète
Qui regardait filer l'heure
Qui m'répètait ma chouette
On trouve pas ton docteur

Et puis y'avait moi la chouette
Qui gueulait dans la chambre
Débarque de ma jaquette
Ou bien j'te casse les jambes

Puis y'avait l'médecin de garde
Qui est venu à la rescousse
De la pauvre garde malade
Qui osait même plus m'dire "pousse"

C'est à ce moment prècis
Qu'tu t'es sorti la tête
Ton père s'est évanoui
Et l'infirmière m'a dit
"Un dernier effort ma chouette"

Quelques secondes plus tard
T'étais contre mon sein
Avec ton p'tit regard bouffi
Qui cherchait l'mien

Ton papa tout baba
Pleurait comme un gamin
En mettant son gros doigt
En dessous de ta p'tite main

Il a r'joint la famille
Qui brûlait de savoir
Il a dit "c'est une fille",
A sorti les cigares
"Elle a des p'tites fossettes,
Elle a les cheveux noires
Une belle fille grassouillette
De 8 livres et quart

Aujourd'hui ma fillette,
C'est ton anniversaire
T'en a plein la bavette
De ton bau dessert

En fait d'puis ta naissance
Y'a qu'une chose qui m'inquiète
C'est parfois j'ai tendance
A t'appeler ma chouette !

Lynda Lemay Index

Alphonse


J’m'appelle Alphonse c'est pas d'ma faute
C'est mes parents qui m'ont fait l'coup
Ça aurait pu tomber sur un autre
On était neuf garçons chez nous

Je sais qu'ça fait plusieurs prénoms
Et que ça fait plusieurs baptêmes
On peut manquer d’inspiration
Mais y'a des limites quand même

J'sais pas à quoi ils ont pensé
Ils devaient être pompettes ou quequ’chose
J'devais pas être beau quand j’suis né
J'devais être drôle, je suppose

Oh pas danger que le beau Phil
Hérite d'un prénom comme le mien
Philippe, pour aborder les filles
Il faut avouer que ça sonne bien

Moi, même posée par la plus belle
La question restait sans réponse
Salut toi comment tu t'appelles
Vaut mieux crever que dire Alphonse

Mais vous savez changer d'prénom
C'plus compliqué que changer d'sexe
Qu'y soit trop court qu'y soit trop long
Faut s'résigner à vivre avec

J'me serais bien contenté d'Stéphane
Normand, Éric ou même Denis
Alphonse ça peut pas chauffer de van
Ça fait pas d'vagues dans une brasserie

Et puis ça s'lance pas en affaires
Ça s'fait manger la laine su’l'dos
Même si papa était prospère
Alphonse il repart à zéro

Y'm'semble que si j’m’appelais Stéphane
Ben j’serais peut-être pas aussi pauvre
J’aurais pas une face à soutane
Puis j’serais peut-être pas aussi chauve

Frère Alphonse, ça c'est beau
Le monastère m'ouvrait les bas
Si j'étais pas si hétéro
Je serais sans doute rendu là

J'ai de la rancune au fond du coeur
S'appeler Alphonse, ça rend méchant
J'ai jamais mis une cenne de fleurs
Sur le tombeau de mes parents

J'm'appelle Alphonse, c'est mon prénom
C'est mon problème, faut que j’m'adapte
Mais je vous jure qu'une vie c'est long
Affublé d'un tel handicap

Je n'ai pas eu de fils encore
Mais s'il faut que Dieu m’en donne un
Je l’appellerai Alphonse junior
Juste pour me venger sur quelqu'un

Lynda Lemay Index

L'Incompétence


Le gars du magasin
Au rayon des matelas
Il dit que c'est trop loin
Ils livrent pas jusque là

T'es là qu'tu lui expliques
Qu'c'est à peine un détour
Y'est là qu'il te réplique

Qu'y peut pas changer les règles
Et qu'y font pas la livraison
Que c'est pas sur le trajet
De ces petits camions

Alors il t'remet le chèque
Que tu viens juste de faire
En te disant "je vous remet le chèque
Que vous venez juste de faire

Alors toi tu exploses
Tu veux lui arracher la tête
Tu reprends tes deux mille douilles
Qui valaient pas deux kilomètres

Et puis tu'tgrouilles et puis tu sors
Car avoir fait ce que tu penses
On l'aurait r'trouvé mort
Gisant dans son incompétence

La fille du restaurant
Elle a jamais voulu
Faire un petit changement
À son petit menu

T'es là qui lui répètes
Qu'tu vas payer l'surplus
Elle est là qu'elle s'entête

Qu'elle peut pas changer les frites
Pour mettre du riz à la place
Elle a pas l'droit la p'tite
Quest-ce que tu veux qu'elle fasse

Alors elle t'amène ton riz
Dans une assiette à part
En te disant "je vous l'ai mis
Dans une assiette à part

Alors toi tu t'emportes
Et puis tu t'obstines avec elle
Tu lui dis "tiens l'idiote
Va jeter tes frites à la poubelle"

Et tu sors en claquant la porte
Car avoir fait ce que tu penses
On l'aurait r'trouvée morte
Gisant dans son incompétence

Le bonhomme du garage
Il à changé d'avis
Parait que les dommages
Ils sont pas garantis

T'es là que tu t'étonnes
Que tu sors ton papier
Il est là qu'il marmonne

Qu'y peut pas changer les pièces
Parce que ces pièces-là,y'en a plus
A moins d'en faire venir de Grèce
Ou du Caire ou d'honolulu
Alors y t'propose de t'vendre
Son kit de silencieuxèn te disant

"Ga, laisse moi-lé jusqu'à demain
Ma te l'arranger, y va être comme neu"

Alors toi l'capot t'saute
Et là tu l'accotes sur le mur
Tu lui dis "veux tu j'vas t'larranger moi ta facture!"
Et pui finalement
T'en peux plus
De jamais faire ce que tu penses
Et tu le laisse tout nu
Gisant dans son bidon d'essence !

Lynda Lemay Index

Epoustouflante


J'suis arrivée une bonne demi-heures
Plus tôt que l'heure d'mon rendez-vous
Le temps d'être sûre de la couleur
Pour ne pas regretter après coup

Le temps d'fouiller dans les revues
Pour découvrir Claudia Schiffer
Les bras en l'air à moitiè nue
Bien entendu belle comme un coeur

C'est alors que j'ai eu un flash
J'ai dit "c'est comme elle que je les veux"
Mon vieux faut pas que tu me les gâches
Ce soir je vois mon amoureux

J'ai insisté sur la longueur
Y'a dit "du calme chère cliente
Soyez tranquille, ayez pas peur
Je vais vous rendre époustouflante"

Il a dit je connais mon art
Laissez-moi faire, vous allez voir
Je vais vous faire un look d'enfer
On va vous prendre pour une star

Il semblait tellement convaincu
Que je lui ai dit "je te fais confiance"
J'ai pris place avec ma revue
En essayant d'garder l'silence

Morte de trouille avec ma cape
Et ma serviette autour du cou
J'ai subi la fameuse étape
Du casque de bain avec des trous

Messieurs vous avez pas idée
Vous qui passer chez le barbier
Vous faire donner un coup d'ciseaux
Avant d'retourner au bureau

De ce qui faut que l'on endure
Et de combien on s'humilie
Lorsque l'on risque notre chevelure
Comme s'il s'agissait de notre vie

Aux mains de c'que l'on appelle une "tante"
Qui jure que l'ovale de notre visage
Exige telle ou telle permanente
Et puis tel ou tel balayage

Oui vous qui n'êtes que témoin
De notre retour hystérique
La tête comme une botte de foin
Et l'porte-feuille anorexique

Vous qui avez la lourde tâche
De réprimer votre fou rire
Pendant qu'on s'cache
Dans la salle de bain et qu'on refuse de sortir

J'en était donc au casque affreux
Qui me retombait sur les yeux
Quelle facheuse position
Pour apercevoir dans le salon

Ma grande voisine de six pieds un
Avec sa jupe et son parfum
Qui s'en vient s'écrier "salut
Lynda j'tai presque pas r'connue"

Puis j'ai eu droit au bigoudis
"c'est juste pour donner plus de corps"
Que la fofolle m'avait promis
Avant que je passe au séchoir

Il avait simplement omis
D'me dire que j'aurais l'air d'avoir
D'la parenté en haiti
C'était crépu quelque chose de rare

Enfin comble de désespoir
Les mèches blondes sont sorties rousses
Le tour d'oreille fait au rasoir
Fallait que j'attende que ça repousse

Ce qu'y'a pire dans mon histoire
C'est qu'après mon passage à la caisse
J'ai dit "merci beaucoup, bonsoir"
Comme la reine des épaisses

Je suis revenue en beau maudit
Epoustouflante qu'il m'avait dit
Ben pour epoustoufler ça oui
J'époustouflait en jésus Christ

Je me suis étudiée dans le miroir
En petite culottes en levant les bras
J'ai jamais réussi à voir
La ressemblance avec Claudia

J'ai annulé mon rendez-vous
De peur qu'le gars soit asthmatique
Y'aurait pu crever sur le coup
A peine passé le portique

J'ai juré que plus jamais de ma vie
J'aurais recours à un expert
Au diable l'art, vive les tony
Les beaux permanents de ma mère

Lynda Lemay Index

Ceux Que L'on Met Au Monde


Ceux que l’on met au monde
Ne nous appartiennent pas
C'est ce que l'on nous montre
Et c'est ce que l'on croit
Ils ont une vie à vivre
On n'peut pas dessiner
Les chemins qu'ils vont suivre
Ils devront décider

C'est une belle histoire
Que cette indépendance
Une fois passés les boires
Et la petite enfance
Qu’il ne faille rien nouer
Qu'on ne puisse pas défaire
Que des noeuds pas serrés
Des boucles, si l'on préfère

Ceux que l'on aide à naitre
Ne nous appartiennent pas
Ils sont ce qu'ils veulent être
Qu’on en soit fier ou pas
C'est ce que l'on nous dit
C'est ce qui est écrit
La bonne philosophie
La grande psychologie...

Et voilà que tu nais
Et que t'es pas normal
T'es dodu, t'es parfait
Le problème est mental
Et voilà qu'c'est pas vrai
Que tu vas faire ton chemin
Car t'arrêteras jamais
De n'être qu'un gamin

Tu fais tes premiers pas
On se laisse émouvoir
Mais les pas que tu feras
Ne te mèneront nulle part
Qui es-tu si t'es pas un adulte en devenir
Si c'est ma jupe à moi
Pour toujours qui t’attire

C'est pas c'q'on m’avait dit
J'étais pas préparée
T'es à moi pour la vie
Le bon Dieu s’est trompé

Et y'a l’diable qui rit
Dans sa barbe de feu
Et puis qui me punit
D'l'avoir prié un peu

Pour que tu m'appartiennes
A la vie, à la mort
Il t'a changé en teigne
Il t'a jeté un sort

T'es mon enfant d’amour
T'es mon enfant spécial
Un enfant pour toujours
Un cadeau des étoiles

Un enfant à jamais
Un enfant anormal
C'est ce que j'espérais
Alors, pourquoi j'ai mal ?

J'aurais pas réussi
À me détacher d'toi
Le destin est gentil
Tu ne t'en iras pas

T'auras pas dix-huit ans
De la même façon
Que ceux que le temps rend
Plus homme que garçon

T'auras besoin de moi
Mon éternel enfant
Qui ne t'en iras pas
Vivre en appartement

Ta jeunesse me suivra
Jusque dans ma vieillesse
Ton docteur a dit ça
C'était comme un. promesse

Moi qui avais tellement peur
De te voir m'échapper
Voilà que ton petit coeur
Me jure fidélité

Tout ma vie durant
J’conserverais mes droit
Mes tâches de maman
Et tu m'appartiendras

Ceux que l'on met au monde
Ne nous appartiennent pas
C'est ce que l'on nous montre
Et c'est ce que l'on croit

C'est une belle Histoire
Que cette histoire-là !
Mais voilà que, surprise!
Mon enfant m'appartient
Tu t'fous de ce que disent
Les auteurs des bouquins

T'arrives et tu m’adores
Et tu me fais confiance
De tout ton petit corps
De toute ta différence

J’serai pas là de passage
Comme les autres parents
Qui font dans un mariage
Le deuil de leur enfant

J'aurai le privilège
De te border chaque soir
Et certain jour de neige
De mettre ton foulard

À l'âge où d’autres n’ont
Que cette visite rare
Qui vient et qui repart
Par soirs de réveillon

Tu seras le bâton
D'ma vieillesse précoce
En même temps qu'le boulet
Qui drainera mes forces

Tu ne connais que moi
Et ton ami Pierrot
Que j'te décris tout bas
Quand tu vas faire dodo

Et tu prends pour acquis
Que je serai toujours là
Pour t'apprendre cette vie
Que tu n'apprendras pas

Car ta vie s'est figée
Mais la mienne passera
J'me surprends à souhaiter
Qu'tu trépasses avant moi

On n'peut pas t'admirer
Autant que je t’admire
Moi qui ai la fierté
De t’voir m’appartenir

J’voudrais pas qu’on t'insulte
Et qu'on s'adresse à toi
Comme un pauvre adulte
Parce qu'on t’connaîtrait pas

Si le diable s’arrange
Pour que tu me survives
Que Dieu me change en ange
Que je puisse te suivre !

Ceux que l'on aide à naître
Ne nous appartiennent pas
À moins d'aider à naître
Un enfant comme toi

C'est une belle histoire
Que celle qui est la nôtre
Pourtant, je donnerais ma vie
Pour qu'tu sois comme les autres !

Lynda Lemay Index

Des Pieds Et Des Mains


Jai bien fait des pieds et des mains
Pour éviter qu'au petit matin
Sans exception depuis des mois
Tu ne te lèves de ce pied-là

Ce matin, c'est un pied dans la bouche
Et ces les deux mains dans les couches
Que je t'ai vu mettre le pied dehors...

Pendant des heures, j'ai fait le pied de grue
Avec mon coeur gros sur la main
Et de pied ferme, j'ai attendu
Que tu reviennes, mais en vain

Ce soir, au pied de l'escalier
Je n'ai vu venir que la brunante
C'est dur de monter me coucher
Sans te tenir la main courante

Cette main que tu t'es faite sur moi
Mets-la au cul de qui tu voudras
Maintenant que ton pied tu le prennes ou pas
J'm'en lave les mains

Même celle des deux que t'as demandée
Comme un gentlemen à mon père
Je m'en vais la savonner
Jusqu'à me libérer l'annulaire

Faut que je prenne
Mon courage à deux mains
Et que je retombe sur mes pieds
Puisque c'est clair
Que t'as levé les tiens

Et que tu te les es pris quelquepart
T'as sûrement sauté à pieds joints
Dans le premier lit d'occasion
Et tu as sûrement bien en main la situation
Ton pidéstal a basculé
Et tu t'es sors avec rien
Oui c'est à moi que ça casse les pieds
À moi que ça fait du chagrin
D'imaginer la cendrillon
Qui a trouvé chaussure à son pied
En choisissant comme chausson
L'homme de seconde main que tu es

J'mettrais bien ma main au feu
Que tu mets déjà la tienne aux fesses
Et au reste du corps pulpeux de ta princesse
Cette main dans laquelle je mangeais
Jusqu'à ce matin avant que tu partes
Alors qu'à tes pieds je dansais
Sur je ne sais plus quel pied de guerre
Je donnerais ma main à couper
Que ta main de maître a pris maitresse
Une qui t'offre au pied levé un pied a terre
Une aux mains douces qui te fait
Un impeccable noeud de cravate

Pendant que les mains sous le robinet
Moi je me libère l'annulaire

Lynda Lemay Index

Chéri, Tu Ronfles !


Moi j’aurais jamais cru
Que j'penserais au divorce
Mais l'idée m'est venu
Vers la fin d'la nuit de noce

C'est pas que j'te déteste
Ou que j'veux t’voir mourir
C'est juste que tu m’agresses
Chaque fois qu'tu respires

Non c'est pas qu’tu m’écoeures
Ou que j'peux plus t'sentir
Mais essaie de dormir
Dans la pelle d'un tracteur

C'est pas qu't'es pas gentil
C'est qu't'as dû avaler
Lorsque t'étais petit
Un moteur de Harley

Chéri, tu ronfles

J't'ai donné des coups d'genoux
J't'ai secoué, j't'ai r’tourné
J't'ai roué de coups d'pied
Ça rien changé du tout

Quand t'es près d'étouffer
Là je guette en silence
Presque en train d’espérer
Et puis « rron » tu r'commences

J’me suis mis des bouchons
Et des bonnets d'grand-mère
Mais y'a tes vibrations
Mesurables sur «Richter »

J't'ai acheté toutes les marques
D'humidificateur
Pour calmer tes horreurs
D'amygdales qui claquent

Et puis j'ai bâillonné
Ta grosse face de limace
En osant prétexter
Que c'était un fantasme

Quand j'te pince les narines
Jusqu’à c’que ça fasse mal
C'est au tour des babines
De faire « ppfff » comme un cheval

Y'aurait l'opération
Qui nous sauverait la vie
Mais monsieur l'étalon
A peur des bistouris

Pourrais-tu m'expliquer
Me confier ton secret
Dis, t'es-tu fait greffer
Entr'la gorge et le nez
Un broyeur à déchets...

Y'a sûrement une façon
Une potion miracle
À donner aux cochons
Pour ne plus qu'y renâclent

Moi j't'aimerais ma grenouille
Si c'tait pas qu'tu coasses
Si j'ramonais ta face
À grands coups de quenouilles

Au début j'me disais
Que j'allais m'habituer
Mais alors j'ignorais
Que t'allais empirer !

Là, j'comprends le bonheur
Le bonheur de ta mère au mariage
Elle rêvait qu'son enfant
Qu'son enfant-pas-d’muffler déménage

J’vais te tirer d'affaire
Si tu veux que j'me charge
De t'trouver un garage
Ou un vétérinaire

Sinon retourne chez ta mère
Avec ton vice caché
J'vais lui dire de t’refaire
Et puis de s'appliquer !

Lynda Lemay Index

Dans Mon Jeune Temps


Dans mon jeune temps, comme disent les vieux
J'trouvais qu'maman était vieux jeu
Dans mon jeune temps, avant qu'j'sois grande
J'fuyais les grands qui voulaient me prendre
Dans mon jeune temps, du temps qu'j'tais petite
Je voulais pas grandir trop vite
Devenir sérieuse, parler d'argent
J'étais heureuse dans mon jeune temps

Dans mon jeune temps, j'croyais qu'l'amour
C'était gratuit et pour toujours
Et j'trouvais pas ça important
De dire « je t'aime » à mes parents

Dans mon jeune temps, je fuyais tout
C'qui s'penchait pour m'faire un bisou
Et lorsque hélas, on m'embrassait
Dans une grimace, je m'essuyais
Dans mon jeune temps, les yeux rivés
Sur une bande dessiné
J'oubliais tout c'qui m'entourait
Tous mes toutous, tous mes jouets
Même le papier peint tout nouveau
Celui que j'avais choisi moi-même
Celui qu'mon père sur l'escabeau
Avait posé non sans problème

Dans mon jeune temps, je voyais pas
Tout c'qu'on faisait pour me faire plaisir
J'croyais qu'le plaisir était là
Et qu'y suffisait d'se servir

Qu'il était comme dans un gros plat
Que le bon Dieu nous préparait
Dans mon jeune temps, je savais pas
Combien coûtait ce que mangeais

Dans mon jeune temps, quand ma grand-mère
Venait me radoter le sien
Et qu'elle se rappelait mon grand-père
Avec des yeux comme plein d'chagrin

Dans mon jeune temps, j'comprenais pas
C'que voulait dire « mélancolie »
J'croyais qu'y avait des mots comme ça
Qui étaient là juste pour faire joli

Dans mon jeune temps, je croyais qu'la vie
C'était très long, mais j'ai grandi
Et voilà que j'ai l'impression
De manquer d'jours et de saisons

Voilà que j'parles comme les vieux
Avec des larmes dans les yeux
De mon mariage, de ma carrière
Et de tout c'que j'ai pas pu faire

Y'a du tout nouveau papier peint
Dans la chambre de Marie-Hélène
Rien qu'parce qu'elle m'a dit y'a deux semaines
Qu'elle raffolait pas de l'ancien

Dans mon jeune temps, je savais pas
Qu'y'aurait fallu que j'dise merci
J'irais maintenant le dire à papa
S'il était pas déjà parti

Dans mon jeune temps, comme disent les vieux
J'trouvais qu'maman était vieux jeu
Elle me disait d'faire attention
Chaque fois que j'sortais d'la maison

Et voilà que j'fais la même chose
Avec Marie-Hélène et Rose
Et je les embrasses même si
Elles grimacent, et puis s'essuient.

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Au Nom Des Frustrées


Au nom de toutes les frustrées du monde entier
Au nom de toutes les pauvres laisser pour compte
J'vais crever les pneus de toutes les voitures aux vitres embuées
Et je vais couper les cheveux des grandes blondes

Au nom de celles qu'à l'intérieur elles sont belles
Au nom de toutes les cocues inconsolables
Je vais filer en douce tout les p'tits couples jusqu'à leur motel
Je vais crier "au feu" quand ça à l'air agréable

Au nom de toutes les bonnes femmes à la diète
Au nom de toutes les victimes d'adultère
J'vais accrocher sans faire exprès avec le bout de ma cigarette
Tous les visons des secrétaires particulières

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
Je vais kidnapper France d'Amour et Julie Mass
Je vais leur faire bouffer des chips et des brownies à la la pocheté
Jusqu'à voir apparaître de gros ventres flasques

Au nom de toutes les pas jolies mais très gentilles
Au nom de toutes les révoltées contre les hommes
Je vais entrer par effraction chez les p'tits contrôleurs de filles
Je vais leur faire guili-guili pendant qu'ils dorment

Au nom de toutes les allergiques aux agaces
Au nom de tous les ennemies de sharon stone
Je vais m'assoir au cinéma derrière un couple qui s'embrasse
Je vais éternuer dans les séquences cochonnes

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
Au nom des mangeuses de tires de Sainte-Catherine
J'vais faire signer des pétitions contre le sexe à la télé
J'vais faire la chasse aux lamines de Marylin

Au nom de toutes les coquettes qui vieillissent
Et qui n'attire plus le regard de leur mari
J'vais m'arranger pour trouver l'moyen d'faire pousser des varices
Sur les gambettes des pétards de Dynastie

Au nom de la désillusion et de la rage
Au nom des tentations secrétes des bonnes soeurs
J'vais supplier le diable de faire apparaître un feu sauvage
Sur la grosse maudite bouche de Kim Basinger

Au nom de toutes les frustrées du monde entier
J'ai composé cette chanson thérapeutique
Plus on la gueule fort, mesdames, et plus on se sent libérées
Je la conseille à toutes les frustrées chroniques

Lynda Lemay Index