Un Truc De PassageL'homme était français, la femme était russe Tous deux en voyage aux Etats-Unis Tous deux attendaient le même autobus Presque sans bagages, comme des sans-abri Ils se composaient dans le terminus Un nouveau langage bizarrement joli Presque du français et presque du russe Et l'anglais d'usage qu'ils avaient appris Au fil du trajet, dans le processus Du bon bavardage qui se pervertit Le couple savait qu'il s'agirait juste D'un truc de passage voué à l'oubli L'homme était français, la femme était russe Leurs deux cours volages n'avaient qu'une envie Lui s'imaginait délivrer le buste De l'épais corsage à demi rempli Elle se retenait d'explorer les muscles De ce corps sauvage de mâle aguerri II y eut deux arrêts puis un terminus Un sac de couchage pour deux corps unis Au matin dormaient l'homme et sa Vénus Tous deux en otage de l'autre endormi Mais dans le respect de leur consensus L'éventuel chantage n'était pas permis L'entente voulait que ce soit jamais plus Un truc de passage voué à l'oubli L'homme était français, la femme était russe Sans enfantillage, tous deux ont repris Chacun leur trajet et leur autobus Tous deux le visage un peu déconfit La femme chassait le souvenir robuste De son court voyage aux États Unis Alors que germait dans son utérus Un truc de passage... voué à l'oubli. Lynda Lemay Index Roule-MoiÇa sent le renfermé Le déjà respiré Ça sent le corps en panne Ça sent la vie en "can" Ambiance de toux creuse Sur fond de balayeuse Dans l'écho du couloir Où pendent des peignoirs à peine habités On dirait que les murs déteignent Ou que les joues sont délavées Et toutes les chevelures se peignent A la mode des oreillers Ça sent le renfermé Le déjà respiré Ça sent le corps en panne Ça sent la vie en "can" Aux poignets squelettiques Bracelets de plastique Comme un bijou d'famille De fille en aiguille On est des tas dans l'entrepôt Avec des pièces à remplacer Et y a le bonhomme en sarrau Qui dit que c'est discontinué... discontinué Roule-moi pendant qu'j'suis faible Que tous mes muscles cèdent Pendant qu'tu crois qu'tu m aides Pendant qu'tu crois qu'j'crève Tu sais pas comment j'rêve D'sortir par la grande port Tu verras qu'c'est pas morte Attends un peu qu'j'me lève Ça sent le renfermé Le déjà respiré Ça sent le corps en panne Ça sent la vie en "can" Gentillesse étudiée On n'est pas des bébés Ta gueule et pousse ma chaise On monte au 213 On dirait que les murs m'étreignent Est-ce un couloir ou un placard C'est la résignation qui règne Quand passe le cortège de brancards... matin et soir Roule-moi pendant qu'j'suis faible Que tous mes muscles cèdent Pendant qu'tu crois qu'tu m aides Pendant qu'tu crois qu'j'crève Tu sais pas comment j'rêve D'sortir par la grande porte Tu verras qu'c'est pas morte Attends un peu qu'j'me lève J'ai plus de temps à perdre Donne-moi un peu d 'ta foi Toi qui changes mes draps, toi Qui nettoies ma merde C'pas ici qu'j'voulais m'rendre J'ai même pas vu l'Irlande Pas mis l'pied en Egypte Attends que j'ressuscite Attends que mes pieds m'portent Tu verras qu'c'est pas morte Dans cette prison qui pue Que j'vous ferai mon Salut! Lynda Lemay Index J'ai Battu Ma FilleJe hurle comme une folle Qu'elle me laisse donc tranquille Soudain, mon bras s'envole Jusqu'à sa peau fragile Puis je fixe en silence Ses yeux qui s'écarquillent Étonnés d'ma violence Couchée dans l'corridor Abattue comme une quille Elle me répète à mort Que je ne suis pas gentille Et devant son petit corps Qui se recroqueville J'me confonds en remords J'ai battu ma fille Moi qui couvrais de blâme Tous ces idiots en rogne Qui disent aimer leur femme Et du même coup la cognent Je veux la consoler Mais je reste immobile J'ai plus l'droit d'la toucher J'ai battu ma fille Je voudrais qu'elle me frappe Je voudrais qu'elle se venge Qu'elle me rende ma tape Avec sa p'tite main d'ange Au lieu d'voiler de larmes Ses yeux qui me torpillent Je suis une pauvre femme J'ai battu ma fille Tout c'que j'arrive à dire C'est : Monte dans ta chambre Maman va t'avertir Quand tu pourras r'descendre On dirait ma vieille mère Faut croire que c'est d'famille Que c'est hériditaire J'ai battu ma fille Tout d'suite, elle m'obéit Ma foi, je lui fais peur J'attends qu'elle soit partie Avant de fondre en pleurs Je suis inconsolable Je suis une imbécile Je suis impardonnable J'ai battu ma fille Je sais pas c'qui m'a pris Ça s'est passé trop vite C'est elle que je punis C'est moi qui le mérite Demain au déjeuner Je remplirai son bol D'ses céréales sucrées Celles dont elle raffole J'y ajouterai des dattes Pour que ses yeux pétillent Comme avant que j'la batte Lynda Lemay Index La Lune Et Le MielT'avais peut-être quatorze ans T'avais encore la tête velue T'avais des clôtures plein les dents La première fois que je t'ai vu Tu jouais encore avec ta fronde Je jouais encore à la marelle Quand on s'est promis mer et monde Et puis la lune et puis le miel Tu as été mon premier homme et moi, ta première pucelle Et c'est sur la banquette arrière De la voiture de ton père Que j'priais Dieu pour qu'y m'pardonne d'être déjà en train de faire Ce qui, pour moi, ne pouvait être Que de l'amour éternel T'étais peut-être en train de jouir Ou peut-être en train de muer Quand tu m'as dit : Ça fait plaisir D'savoir que l'on est le premier Un peu jaloux, un peu conscient Qu'aimer toujours, ça dure longtemps Surtout quand on a quatorze ans Et qu'on a toute la vie devant T'avais le crâne dégarni quand je t'ai vu y a quelques jours T'es déménagé près d'ici T'as des clôtures dans ta cour Tu jouais encore comme un gamin à faire le tour de ta maison À faire le tour de ton jardin Sur un p'tit tracteur à gazon T'avais peut-être 34 ans Et encore une bonne dose de charme T'avais la garde de tes enfants Mais t'avais pas gardé ta femme Moi, j'étais plus ronde et plus blonde Sans aucun doute, un peu moins belle J'n'avais connu ni mer ni monde Et ni la lune et ni le miel J'étais là, devant ta demeure, plantée comme un grand tournesol T'es descendu d'ton petit tracteur Tout en sueur, en camisole Tu m'as fait le cour tout crispé et le visage tout écarlate Quand ton sourire m'a dévoilé Ta belle rangée de dents droites On est sorti de nos trentaines On a rechaussé notre jeunesse Dans une voiture qui était la tienne On s'est aimé à toute vitesse T'étais peut-être en train de jouir Ou peut-être en train de pleurer Quand tu m'as dit : Ça ferait plaisir D'savoir que je serais le dernier Lynda Lemay Index Je Suis GrandeJ'ai envie d'fumer des américaines Et de me rouler des jamaïcaines J'ai envie de boire jusqu'à vaciller Jusqu'à ne plus voir qui va m'déshabiller Et puis j'ai envie d'partir en bateau Avec des bandits vêtus en matelots J'ai envie de rire, rire jusqu'à souffrir J'ai envie de ça, mais je n'ose pas Car moi Je suis grande, je suis raisonnable Je donne l'exemple, je suis responsable Je n'teins pas mes cheveux J'ai pas de béquilles J'ai l'respect des vieux Et de la famille Je vais à l'église Je suis ménagère J'suis toujours bien mise Et jamais vulgaire J'n'ai pas eu de crise à l'adolescence Faut qu'on m'intronise, qu'on me donne un sens J'ai envie de trouver au fond de mon ventre Une passion cachée, sauvage et brûlante J'ai envie d'courir toute nue sur une plage Imiter l'soupir d'un grand coquillage Et puis j'ai envie, envie de danser Pour n'importe qui et me faire payer J'ai envie de vivre, plutôt, de survivre J'ai envie de ça, mais je n'ose pas Car moi Je suis grande, je suis raisonnable Je donne l'exemple, je suis responsable Je n'fais pas d'bêtises, je n'ai pas cette chance Faut qu'on m'intronise, qu'on me donne un sens Si elle ressemble à ça La vie après la vie J'envie ceux qui n'vont pas au paradis Moi j'ai gagné mon ciel Comme disent les fidèles Qui n's'offrent un péché Que lorsqu'il est véniel J'ai envie d'crever ma bulle de cristal Et d'laisser rentrer quelques langues sales J'ai envie d'baisser mes bras de femme forte Envie d'accepter qu'la vague m'emporte J'ai envie d'troquer mes bonnes manières Contre un peu d'plaisir et un peu d'poussière J'ai envie de jouir, jouir jusqu'à mourir J'ai envie de toi Mais je n'ose pas, car moi Bravo ! Je suis grande, je suis raisonnable Honnête et patiente, bonne et charitable J'ai la tête froide, je m'oublie pour d'autres Mais c't'un cour malade qui bat dans mes côtes Je me sens petite, je me sens fragile Et j'ai l'eau bénite qui me monte aux cils Quand j'te vois partir Parce que j't'ai chassé Comme pour me punir De te désirer Lynda Lemay Index CrétinY a pas d'soirée parfaite Y a toujours un pépin Toujours un trouble-fête Y a toujours un crétin Y a toujours un caniche Qui parle en espagnol Qui t'fournit en alcool Pour t'emmener dans sa niche Y a toujours un nerveux Qui t'renverse ton drink Y a toujours un curieux Qui demande : C'est quoi ton signe ? Y a pas d'soirée parfaite Y a toujours un pépin Toujours un trouble-fête Y a toujours un crétin Une petite tête de linotte Qui te rote en plein visage Les dents peines d'échalotes Et de crottes au fromage Y a toujours un raseur Une tête à pellicules La bouche en tentacule Qui t'embrasse aux demi-heures Y a toujours un mononcle Qui peigne sa calvitie Y a toujours un jeune punk Qui s'brandit le squeegee Y a toujours un gorille Avec une gueule de tueur Qui vient de demander l'heure Avec une petite voix d'fille Y a toujours un épais Les deux petits yeux tout croches Les deux mains dans les poches Qui s'brasse la monnaie Toujours un philosophe La gueule remplie d'questions La gueule bordée d'boutons Mais pas d'boutons on-off Toujours une tête enflée Qui pue l'cigare cubain Qui s'amuse à retourner Toutes les bouteilles de vin Toujours un obsédé Qui est là, qui s'casse la nuque Assis dans l'escalier Pour voir en dessous des jupes Y a toujours un vieux riche Une haleine de fond d'tonne Qui est là qui t'postillonne Ses p'tits restants d'sandwichs Non, y a pas d'soirée parfaite Y a toujours un requin Toujours un malhonnête Y a toujours un crétin Y a toujours un colon Qui défile les farces plates Toujours un cabochon Qui veut t'tirer aux cartes Non, y a pas d'soirée parfaite Y a toujours un radin Toujours un pique-assiette Y a toujours un crétin Lynda Lemay Index Mon NomSi vous me demandez mon nom Je vais vous donner mon adresse Puis si vous me demandez l'heure Je vais vous raconter ma vie Sans retenue et sans pudeur Comme si vous étiez mon ami Si vous me demandez mon nom J'peux bien vous donner mon corps Et si vous en voulez encore Je recommencerai pour vous Sans retenue et sans remords Comme si vous étiez mon mari Si vous me demandez mon nom Je vais vous parler de mon père Qui était toujours à la maison À la même heure après l'travail J'vous raconterai des feux qui ne sont pas de paille Qui brûlent encore longtemps après les fiançailles J'vous raconterai la vie que je voudrais connaître Une main dans la vôtre, peut-être Si vous me demandez mon nom Je vais me confondre en franchise Si vous me demandez mon âge Alors j'vais me mettre à pleurer M'élancer de tout mon visage Dans un coin de votre chemise Si vous demandez la main Je vais vous accorder mon âme Mes demains, mes surlendemains Mes insécurités de femme Tout cet amour tellement lourd Que vous l'porterez comme un blâme Si vous me dmandez mon nom Faites gaffe à la suite des choses Je vais m'offrir au grand complet Et sûrement pas à petites doses Je serai la plus vraie et la plus vulnérable J'vous dirai mes secrets les plus inavouables Ces pactes que j'ai faits avec toutes sortes de diables Si vous me demandez mon nom Je vais vous montrer mes blessures Chaque trace de chaque déception Chaque marque de chaque aventure J'vous raconterai des feux qui ont été de paille Accrochée à vos cheveux et à votre chandail J'vous raconterai la mort que je voudrais connaître Une main dans la vôtre peut-être Lynda Lemay Index Bande De DégonflésOn aura beau dire tout ce qu'on voudra Oui c'est un drame déplorable C'est pas la fin du monde mais n'empêche C'est certainement désagréable Quand c'est mou comme un vers à pèche Quand ça veut jouer les timides Le cou cassé la tête en bas Plié comme un p'tit vieux plein de rides A l'âge fringuant de soldat Oui c'est un manque de politesse Quand ça c'met pas au garde à vous Quand ça donne des signes de faiblesse Avant même de se tenir debout Quand ça à pris la décision De succomber à la paresse Qu'ça reste sur sa position Devant la plus belle paire de fesses Palapapapapa Quelle déception Quand vous trouver À l'heure de passer à l'action Le principal intéressé Qui fait dodo dans son caleçon Bien sur c'est pas la fin du monde Mais de la à dire que c'est pas grave Qu'ça peut arriver à tout le monde Qu'ça rend pas moins beau ou moins brave Moi j'aurais quand même objection À faire mention de courage Quand c'est fuyant comme un savon Et que ça fond pendant le massage J'ai pas l'impression d'être vache Et de manquer de compréhension Mais je constate qu'yen a qui en arrache Ah les pauvres petits garçons Palappappappa Y'a t'il un moyen qu'j'pourrait prendre Un mot de la fin que je pourrait trouver Afin qu'enfin bande la bande de dégonflés Afin de v'nir....de v'nir en aide Aux invalides de la culotte Sinon de dire qu'y'a des remèdes .... et des carottes Palappappapaa Lynda Lemay Index AilleursExcuse-moi, j'voulais pas t'faire de peine J'voulais pas t'donner une vie comme ça J'voulais t'en donner une pleine Pas une trouée où t'aurais froid J'voulais pas que tu m'aimes la semaine Avant celle où t'aimerais ton papa Excuse-moi, j'voulais pas qu't'apprennes L'amour en éclats D'ailleurs, c'est ça que t'apprends D'ailleurs, c'est ça que tu comprends Qu'y a rien d'moins sûr que le bonheur Qu'y a rien d'moins dur qu'une moitié d'coeur Bien sûr, c'est ça que t'apprends Excuse-moi, j'voulais pas t'faire de mal J'voulais pas être une maman comme ça Un matin qui t'fait tes céréales Et le lendemain, qui est même plus là J'voulais pas qu'tu m'aimes de tout ton coeur Si c'tait pour lui faire un bobo Chaque foutue fois que sonnerait l'heure D'aller faire dodo ailleurs D'ailleurs, c'est là que tu vis Ailleurs, c'est là que tu t'enfuis T'as pas d'chez-toi ou t'en as mille D'ailleurs, c'est pour ça qu'tu t'exiles Ailleurs, pour qu'on te laisse tranquille Ailleurs que dans l'automobile Qui t'emmène et puis qui t'ramène Vers moi comme vers la gardienne Excuse-moi, j'voulais faire beaucoup plus J'voulais pas t'donner une vie comme ça Dans les valises avec ta suce Et une doudou sous l'bras Ailleurs, et j'peux pas te retenir D'ailleurs, j'ai rien d'mieux à t'offrir Qu'une berceuse un soir en personne Et l'autre soir au téléphone Qu'une chambre qui change de couleur De dimanche en dimanche Ailleurs, et j'peux pas te retenir D'ailleurs, j'ai rien d'mieux à t'offrir Qu'une berceuse un soir en personne Et l'autre soir au téléphone Ailleurs, ailleurs Lynda Lemay Index Les Mains VidesJ'ai les mains vides J'ai tout échappé, j'ai pas les paumes solides J'ai les mains vides J'ai déjà tout payé, c'était de l'amour liquide J'ai les mains vides J'ai même léché un à un mes doigts avides J'ai les mains vides J'ose pas redemander, je suis un peu timide J'ai les mains vides Un peu pressées, mais vraiment pas assez rapides J'ai les mains vides J'n'ai dans le doigt qu'une vieille épine de rose Et je m'obstine À ne garder que le mauvais côté des choses J'ai les mains vides Elles se tordent dans mon dos, elles se grattent J'ai les mains moites À force de ne pas s'ouvrir, elles se battent J'ai les mains libres Et je sais bien que c'est parce qu'elles sont maladroites J'ai les mains vides À force de ne toucher que du bout des doigts À force de prendre trop de rose à la fois À force de n'avoir rien su garder de toi Qu'une blessure J'ai les mains vides J'ai mal tenu à ce que tu leur appartiennes J'ai les mains vides J'ai rien qu'envie de les remettre au fond des tiennes J'ai les mains tristes D'avoir déjà su ce que c'est que d'être pleines Elles s'en souviennent comme on se souvient de sa seule grande peine Et mon doigt saigne Ta rose est morte quant même que sa tige baigne! J'ai les mains vides À force de ne toucher que du bout des doigts À force de prendre trop de roses à la fois À force de n'avoir rien su garder de toi Qu'une blessure au bout des doigts Lynda Lemay Index C'est Comme ÇaAu bout du chemin, y a mes souvenirs Y a un jardin à entretenir C'est d'autres doigts qu'les miens Qui feront les choses Je serai pas là pour voir s'ouvrir les roses Au bout du chemin, sur le gazon Y a un petit chien qui jappe mon nom C'est d'autres doigts qu'les miens Qui le caresseront Je serai plus là pour lancer son bâton C'est comme ça Y a rien à dire Sitôt qu'c'est l'heure, on doit partir On s'casse le coeur comme une tirelire On laisse derrière c'qu'on a d'plus cher Et on recommence ailleurs C'pas vrai qu'on meurt Au bout du chemin, sur le terrain, y a une vieille barque Couchée dans l'foin, elle se souvient d'son plus grand lac Comme elle, j'ai soif, je craque Je deviens sèche Je serai plus là pour la partie de pêche C'est comme ça C'est bien dommage Sitôt qu'c'est l'heure, on ferme sa gueule On remet son coeur dans ses bagages On s'en va, les yeux Comme des rivières Refaire sa vie seul Puisqu'y a jamais rien d'autre à faire On laisse derrière C'qu'on a de plus cher Et on recommence On recommence C'pas vrai qu'on meurt Lynda Lemay Index GrondeL'asphalte est gris Et l'soleil frappe Ça m'donne des fourmis Dans les chaps Faut qu'j'me déguise En hors-la-loi Noire comme la nuit De haut en bas Faut que j'la sorte de sa cage J'ouvre la porte du garage Est toute chromée, prête à sortir Viens-t'en bébé, j'm'en vais t'conduire Vas-y la bête, gronde À des kilomètres à la ronde Gronde Et fais peur à tout l'monde Gronde Comme une lionne en chaleur Vas-y, fais battre mon cour Plus fort Fini l'hiver Là ça m'démange D'aller me faire Danser les franges J'passe en première Du bout-d'ma botte Mon gant s'desserre Et j'lâche la clutch Le bonheur est instantané Je passe des heures à rouler Le vent me gifle Et j'le laisse faire Je reste fière Le pif en l'air Vas-y la bête, gronde À des kilomètres à la ronde Gronde Et fais peur à tout l'monde Gronde Comme une lionne en chaleur Vas-y, fais battre mon cour Plus fort Vas-y la bête, gronde À des kilomètres à la ronde Gronde Et fais peur à tout l'monde Gronde Comme une lionne en chaleur Vas-y, fais battre mon cour Plus fort J'connais le risque et le danger D'manquer la courbe et m'envoler Mais je la suivrai jusqu'au ciel Non, y a pas d'paradis sans elle Lynda Lemay Index La Place Au Sous-SolY aurait eu d'la place au sous-sol Pour une mignonne cuisinette Un petit frigo et deux casseroles Une table ronde et une assiette Et une rampe à l'escalier Pour ne jamais qu'elle trébuche Et une belle cage dorée Pour une éternelle perruche Y aurait eu d'la place, je sais bien On avait déjà le matelas Y avait déjà une salle de bain Et une télé qui ne sert pas Le grand mur aurait été plein De ses photos de grand-papa De toi, de moi et des gamins Qu'elle aurait gavés d'chocolat Bien sûr qu'elle s'est laissée mourir Elle aimait les étrangers Bien sûr qu'ça la faisait pas rire De jouer aux cartes, de jouer aux dés C'était une femme de maison C'était une mère de famille D'une grande fille pas gentille Qui l'a laissée à l'abandon Bien sûr qu'elle a dû espérer Qu'on prenne soin de ses vieux jours Et qu'on revienne la chercher Quand elle appelait au secours Du fond de son maudit foyer Quand elle tremblait de tous ses membres Par chance que Dieu est arrivé Elle se tuait à nous attendre Y aurait eu d'la place au sous-sol Tout plein d'espace au-dessus du lit Pour qu'elle accroche et qu'elle colle Images saintes et crucifix J'aurais pu lui coudre des robes Pour qu'elle se sente jolie Comme lorsque j'allais à l'école Et qu'elle me faisait mes habits C'est un peu tard pour les regrets J'vais pas gagner mon paradis Parce que j'nourris depuis juillet Une vieille perruche qui s'ennuie Y aurait eu tant de place ici mais Mais je lui ai fermé ma porte Et même si tout l'monde me dit Que c'est pas ma faute si elle est morte Moi je sais bien qu'elle serait là, oui Souriante et vive comme autrefois, si Au lieu de la reconduire là-bas Je l'avais accueillie chez moi Lynda Lemay Index Les Maudits FrançaisY parlent avec des mots précis Puis y prononcent toutes leurs syllabes À tout bout d'champ, y s'donnent des bis Y passent leurs grandes journées à table Y ont des menus qu'on comprend pas Y boivent du vin comme si c'était d'l'eau Y mangent du pain pis du foie gras En trouvant l'moyen d'pas être gros Y font des manifs aux quart d'heure À tous les maudits coins d'rue Tous les taxis ont des chauffeurs Qui roulent en fous, qui collent au cul Et quand y parlent de venir chez nous C'est pour l'hiver ou les indiens Les longues promenades en Ski-doo Ou encore en traîneau à chiens Ils ont des tasses minuscules Et des immenses cendriers Y font du vrai café d'adulte Ils avalent ça en deux gorgées On trouve leurs gros bergers allemands Et leurs petits caniches chéris Sur les planchers des restaurants Des épiceries, des pharmacies Y disent qu'y dînent quand y soupent Et y est deux heures quand y déjeunent Au petit matin, ça sent l'yaourt Y connaissent pas les oufs-bacon En fin d'soirée, c'est plus chocroute Magret d'canard ou escargots Tout s'déroule bien jusqu'à c'qu'on goûte À leur putain de tête de veau Un bout d'paupière, un bout d'gencive Un bout d'oreille, un bout d'museau Pour des papilles gustatives De québécois, c'est un peu trop Puis, y nous prennent pour un martien Quand on commande un verre de lait Ou quand on demande : La salle de bain Est à quelle place, S.V.P ? Et quand ils arrivent chez nous Y s'prennent une tuque et un Kanuk Se mettent à chercher des igloos Finissent dans une cabane à sucre Y tombent en amour sur le coup Avec nos forêts et nos lacs Et y s'mettent à parler comme nous Apprennent à dire : Tabarnak Et bien saoulés au caribou À la Molson et au gros gin Y s'extasient sur nos ragoûts D'pattes de cochon et nos plats d'binnes Vu qu'on n'a pas d'fromages qui puent Y s'accommodent d'un vieux cheddar Et y se plaignent pas trop non plus De notre petit café bâtard Quand leur séjour tire à sa fin Ils ont compris qu'ils ont plus l'droit De nous appeler les Canadiens Alors que l'on est québécois Y disent au revoir, les yeux tout trempés L'sirop d'érable plein les bagages On réalise qu'on leur ressemble On leur souhaite bon voyage On est rendu qu'on donne des becs Comme si on l'avait toujours fait Y a comme un trou dans le Québec Quand partent les maudits français Lynda Lemay Index |