Tourner Les Hélicos


Toi tu passes ton temps à planquer dans tes tiroirs
Tes paquets de papier blanc, tes morceaux d'idées noires
Après tu défiles pour trois tickets de resto
Et puis tu pars tranquille dans ton wagon de métro
Elle, elle entend, elle entend

Quand on te parle du diable, tu balances un peu de sel
Ton bel imperméable ne passe pas sous les échelles
T'as le chien qui bouge la tête à l'arrière de l'auto
T'as deux fois plus d'appétit à l'heure des infos
Quand elle, elle entend, elle entend
Tourner les hélicos

C'est facile de baisser les cils
Tu sais que même le sang s'efface
Ces pauvres gens en exil
J'aimerais pas être à leur place

Y'a des villes qui se réveillent sous les coups de roquettes
Tu sirotes ton whisky le cul sur ta moquette
Et même si quelquefois t'as de l'eau dans le regard
À la première pub qui passe tout le monde se marre
Elle, elle entend, elle entend
Tourner les hélicos (bis)

Y'a des villes qui se réveillent sous les coups de roquettes
Tu sirotes ton whisky le cul sur ta moquette
Tu redemandes en colère un peu de glace en morceaux
Pendant qu'à l'autre bout de la terre au fond de Soweto
Elle, elle entend, elle entend
Tourner les hélicos

Francis Cabrel Index

L'homme Qui Marche


Derrière chaque fenêtre
Les visages se cachent
Tout le monde est venu
Voir passer l'homme qui marche

Vu d'ici ça paraît tellement facile
On dirait qu'il est tenu par des fils

Il en est tellement venu
Des gens de toutes sortes
Depuis longtemps déjà
On n'ouvre plus les portes
Respirer, c'est toute une histoire
Tellement l'air est mauvais
Sur les troittoirs

Regardez bien, c'est le dernier
Nous on marchait avant
C'était y'a longtemps
C'est presque oublié
J'aimerais bien l'aider mais
C'est le dernier ...

Entre les voitures qui sautent
Et les avions qui tombent
Il pourra chercher longtemps
Quelqu'un qui lui réponde
Il appelle mais, on n'ouvrira pas
On s'est tous fait piéger au moins une fois

Regardez bien, c'est le dernier
Nous on marchait avant
C'était y'a longtemps
C'est presque oublié
J'aimerais bien l'aider mais
C'est le dernier ...

Il marche entre les nuages de gaz et de poussière
Il laisse à chaque pas comme des taches de lumière
Ca fait des images par terre ...

Au prochain coin de rue
L'homme va disparaître
On va rester longtemps
Le nez à nos fenêtre
A se dire qu'on est bien dans nos maisons
Entre les grilles de fer des aérations

Francis Cabrel Index

Qu'est Ce Que Je Viens De Dire


Dans la salle de classe personne ne murmure
Juste le morceau de craie sur le morceau de mur
J'étais mieux chez moi que dans ces livres d'histoire
Et la voix dedans me dit : "Tout va bien..."

Dans les rangées du haut, on conjugue le futur
et moi j'apprends la géo sur les plaques des voitures
J'ai bien fait de m'asseoir à côté des fenêtres
Et la voix dedans me dit : "Tout va bien, t'as la tête ailleurs"
Jusqu'à ce que ce fou vienne hurler dans les haut-parleurs

Rêveur, qu'est-ce que je viens de dire?

J'étais ailleurs, ailleurs
J'avoue que j'étais ailleurs
Ailleurs

Nettoyer la boue dans les trous des vestes kakis
Eviter les coups et les balles au bout des fusils
J'ai les mains glacées dans la cour immense
Et la voix dedans me dit : "Tout va bien"

Mais y'a quelqu'un qui appelle entre les tourelles des chars
Y'a le doigt qui vise une tête prise au hasard
Je dormais mieux chez moi que sur ces paquets de sable
Et la voix dedans me dit : "Tout va bien, t'as la tête ailleurs"
Jusqu'à ce que ce fou vienne hurler dans les haut-parleurs

Rêveur, qu'est-ce que je viens de dire?
Rêveur, qu'est-ce que je viens de dire?

J'étais ailleurs, j'étais ailleurs
J'avoue que j'étais ailleurs... ailleurs...

Aujourd'hui encore j'ai les yeux qui voyagent
Mais personne ne me dérange, on dit "il cherche des images"
"Et comment voulez-vous qu'il arrive à écrire
Si vous faites tout ce bruit autour?
Tout ce bruit autour ...

Francis Cabrel Index

Je Te Suivrai


Y'a plusieurs mètres d'eau dans les rues de ma peine
Plusieurs tonnes de boue dans le flot de mes veines
La rivière charrie les fils de téléphone
Avec encore dedans mes appels qui résonnent

La pluie a délavé tous les mots que j'invente
Les oiseaux ont crié pour pas que tu m'entendes
Aux endroits où tu étais y'a des morceaux de glace
Et des arbres en travers pour pas que je passe
Où tu iras je te suivrai
Je te suivrai

Même quand tu auras fermé ta centaine de portes
Même quand tu auras pleuré pour les enfants d'un autre
Même quand tu auras éteint ce qui brûlait de mieux
Même si tu pars plus loin que ne portent mes yeux
Où tu iras je te suivrai
Je te suivrai

Même au plus profond du silence
Je t'entends encore me dire
On s'approche du ciel
Nos livres fermés se balancent
J'veux pas tomber tout seul
J'veux pas tomber tout seul

Si tu veux j'aimerai même ceux qui te touchent
Ceux qui ont le goût de toi encore plein la bouche
Même ceux que tu hais, même ceux que tu aimes
Il y a tellement d'eau dans les rues de ma peine
Où tu iras je te suivrai
Où tu iras je te suivrai

Je t'entends encore me dire
On s'approche du ciel
J'veux pas tomber tout seul
J'veux pas tomber tout seul

Il a neigé partout aux rebords des fenêtres
De cette ville floue de ne plus te connaître
Encore combien d'hivers passeront sous ma porte
Avant qu'un jour j'ose dire que j'aime quelqu'un d'autre

Francis Cabrel Index

Gitans


Quand t'es parti gitan
Tu as laissé seulement
Une voiture en morceaux
T'as pris des chaises de bambou
Ta guitare de rien du tout
T'as mis le vent sous ta peau
T'as caressé les oiseaux, t'as caressé les oiseaux

T'as mis des pierres sur le feu
Les femmes aux longs cheveux
Ont tout lavé dans des seaux
Séché le linge sur des buissons
Rentré les gosses dans les camions
Sur les paniers de roseaux
Et caressé les oiseaux, caressé les oiseaux
Où allais-tu?

À part les flaques de boue
Et quelques traces de roues
Tu n'as rien voulu laisser
T'as mis ta fierté gitane
Aux rideaux des caravanes
Comme des drapeaux pliés
T'as caressé les oiseaux, caressé les oiseaux
Où allais-tu?

J'ai peur des lumières des villes
Des grandes maisons immobiles
Des jardins bâtis tout autour
J'ai peur qu'on emmène d'office
Au bout du fusil des milices
Les enfants de notre amour

Ils traitent nos filles de voleuses
Du fond de leurs maisons peureuses
Pleines de chiens de combat

Ils attachent leurs volailles
Ils surveillent leurs ferrailles
On ne se ressemble pas

Y'a un panneau depuis
Emplacement interdit
Comme s'il y avait eu la peste
T'as plus qu'à chercher ailleurs
Des gens qui auront moins peur
En espérant qu'il en reste
Et caresser les oiseaux!

Francis Cabrel Index

Encore Et Encore


D'abord vos corps qui se séparent
T'es seule dans la lumière des phares
T'entends à chaque fois que tu respires
Comme un bout de tissu qui se déchire
Et ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord

L'instant d'après le vent se déchaîne
Les heures s'allongent comme des semaines
Tu te retrouves seule assise par terre
À bondir à chaque bruit de portière
Et ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord

Quelque chose vient de tomber
Sur les lames de ton plancher
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant...personne

La même nuit que la nuit d'avant
Les mêmes endroits deux fois trop grands
T'avances comme dans des couloirs
Tu t'arranges pour éviter les miroirs
Et ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord

Quelque chose vient de tomber
Sur les lames de ton plancher
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant...personne

Faudrait que t'arrives à en parler au passé
Faudrait que t'arrives à ne plus penser à ça
Faudrait que tu l'oublies à longueur de journée

Dis-toi qu'il est de l'autre côté du pôle
Dis-toi surtout qu'il ne reviendra pas
Et ça te fait marrer les oiseaux qui s'envolent
Les oiseaux qui s'envolent

Tu comptes les chances qu'il te reste
Un peu de son parfum sur ta veste
Tu avais dû confondre les lumières
D'une étoile et d'un réverbère
Et ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord

Y'a des couples qui se défont
Sur les lames de ton plafond
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant...personne

Francis Cabrel Index

Le Lac Huron


Je suis tombé au premier matin
Devant ma mère à genoux
On m'a fait boire le lait des chiens
Chauffé sur les cailloux
Encore aujourd'hui
Quand j'ai le sang qui bout
Quand je sens que monte l'orage
Je peux hurler jusqu'à ce que les loups
Viennent me lécher le visage

Je savais lire les marques du temps
Sur les écorces des arbres
Je savais compter les éclats de marbre
Sur la peau des serpents
Ça faisait des milliers, des millions d'années
Que c'était suffisant
Ils sont quand même venus chercher mes enfants
Pour leur écoles fédérales

Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac, au bord du lac Huron

On m'a fait vivre pour d'autres règles
On m'a fait suivre d'autres lois
On m'a dit "petit le vent ne se lève pas
Sur les plumes des aigles"
Je ne sais plus reconnaître tes empreintes
Ni dessiner mes discours
J'pourrais même plus t'écrire des phrases d'amour
Sur ma figure peinte

Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac, au bord du la Huron

Le monde a tourné trop vite
Il t'a emporté tout droit
T'as pas eu le temps de prendre
Tes racines avec toi
Le jour où tu trouveras que ton histoire
Est trop jeune
Y'aura plus personne dans l'Indian Reservation

On a vu tomber aux pieds des visages pâles
Le dernier caribou
Pendant qu'épuisé, il rêvait debout
Contre les murs de toiles
Je ne sais même pas ce que peuvent en penser
Les grands manitous
Quand la nuit tombe, je perds mon chemin
Dans toutes ces nouvelles étoiles

Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac, au bord du lac Huron

Francis Cabrel Index

Lisa


Lisa nos barques en papier
Dans le grand bassin bleu
Tes premiers pinceaux de noir pour les yeux
Tu disais souvent "on vivra ailleurs"

Je courais me cacher
Quand je voulais que tu pleures
Quelques hommes jouent encore
Comme des enfants cruels
Ce soir Odessa s'endort sous le ciel

Lisa c'est partout les mêmes
Les fumées des avions
T'es juste du mauvais côté de l'horizon
Les seuls trains qui partent
Sont des trains de banlieue
T'as beau tendre tes mains
Y'a tout ce vide au milieu
Et tes chansons retombent
Aux pianos des hôtels
Pendant qu'Odessa s'endort sous le ciel

Il me reste le nom que tu portes
J'imagine le son de ta voix
Un beau jour c'est certain tu t'envoleras

Lisa des soldats surveillent
Les camions de courrier
Tes mots en reviennent tout déshabillés
Quelques hommes jouent encore
Comme des enfants cruels
Sans doute Odessa s'endort sous le ciel

Il me reste le nom que tu portes
J'imagine le son de ta voix
Un beau jour c'est certain tu t'envoleras

Lisa, accrochée aux ailes
Des oiseaux dissidents

Francis Cabrel Index

Docteur


Hey Docteur, j'ai déjà pas mal
De tours au compteur
Pas mal d'années derrière
J'aimerais faire moins que mon âge
Est-ce que tu peux faire un peu de ménage
Sur la peau de mon visage?

Faut que t'effaces
Toutes ces traces
Creusées sur ma figure
Trempe mon coeur dans le ciment
Mes cheveux dans la peinture
Je ne sortirai plus jamais
Sans plusieurs couches de fourrure
Ma famille a de l'argent....Docteur

Hey Sorcier
Pourquoi sommes-nous fiers comme des rochers
Fragiles comme du verre?
Ce temps qui passe et moi qui passe avec
Je prends ça comme un échec

Faut que tu effaces
Toutes ces traces
Creusées sur ma figure
Trempe mon coeur dans le ciment
Mes cheveux dans la peinture
Je ne sortirai plus jamais
Sans plusieurs couches de fourrure
Ma famille a de l'argent....Docteur

On est tous pareils
Il est pour moi le soleil
On est tous les mêmes
C'est moi que j'aime

Faut que tu effaces
Toutes ces traces
Creusées sur ma figure
Trempe mon coeur dans le ciment
Mes cheveux dans la peinture
Je ne sortirai plus jamais
Sans plusieurs couches de fourrure
Ma famille a de l'argent....Docteur

Francis Cabrel Index

Photos De Voyages


Comme l'enfant des îles
Avec rien sur la peau
Qui regarde tranquille
Croiser les paquebots
Tu descends tu t'approches
T'as l'argent dans les poches
Tu le prends en photo

Au retour du voyage
Dans les coins du salon
Tu retrouves son visage
Sur des bouts de carton
Dans des boîtes à chaussures
Au milieu des factures
Et des billets d'avion

Toi t'as l'argent, lui le soleil
Il a tout son temps toi t'as ton appareil
Tu ramènes des images
Des photos de voyages
Tu crois que t'es heureux pareil

T'as tes repas d'affaires
Et tes nuits de travail
Il est assis par terre
Les cheveux jusqu'à la taille
Il répare sa nasse
Pour les poissons qui passent
La barrière de corail

Toi t'as l'argent, lui le soleil
Il a tout son temps toi t'as ton appareil
Tu ramènes des images
Des photos de voyages
Tu crois que t'es heureux pareil

C'était à peine croyable
Tous ces insectes partout
Ces chambres pleines de sable
Ces femmes à peine debout

Dans le fond de ta ville
T'as remis ton manteau
Quelque fois ça descend
Quinze en dessous de zéro
Sur le bord de sa case
Que la chaleur écrase
Il boit le lait de coco

Toi t'as l'argent, lui le soleil
Il a tout son temps toi t'as ton appareil
Tu ramènes des images
Des photos de voyages
Tu crois que t'es heureux pareil

Francis Cabrel Index