Pas Trop De Peine


Moi quand j'avais quatorze ans
Les accords de Dylan
Peuplaient mes insomnies
Et je m'endormais le matin
Ma guitare à la main
Sans débrancher l'ampli
Toi, tes parents te gardaient des ronds
Pour que tu aies ta maison
Avec un jardin sur le devant
Pour les soirs de printemps

Et quand tu arrivais au lycée
T'avais tout étudié
On était fier de toi
Moi je disais "je regrette
J'ai des notes plein la tête
Je ne vous entends pas
Elles s'envolent par milliers
Tous les soirs du fond de ma guitare"
Ils m'ont dit qu'ils n'étaient pas d'accord
Ils m'ont foutu dehors

Ça m'a pas fait trop de peine
Et j'ai dit "vos livres sont moisis
Vos principes me gênent
Et vos chaînes m'ennuient
Surtout gardez vos rengaines
Pour ceux qui sont déjà endormis
Moi je suis pour qu'on sème
Des graines de folies"

Et j'ai fait pas mal de détours
J'ai vécu à la cour
Des mendiants et des rois
Pendant que toi tu comptais
Tes primes de fin d'année
Tes cravates de soie
Mais l'autre jour je t'ai retrouvé
Derrière ton guichet
Et j'ai compris à travers tes lunettes
Que c'est toi qui regrettes

Ça m'a pas fait trop de peine
Mais j'ai dit "tes livres étaient moisis
Ton costume te gêne
Et tes chaînes t'ennuient"
Tu as écouté la rengaine
Ça fait trente ans que tu es endormi
Tu as tes quatre semaines
Moi j'ai toute ma vie
Toute ma vie
Moi j'ai toute ma vie

Francis Cabrel Index

La Fabrique


( Chanson de James Taylor )

Mon grand-père était un marin
Il a dû mourir sur une île
Mon père avait une ferme
Et moi je suis sa seule fille
Ja me suis enfuie avec ce voyou
D'un village des alentours
Aujourd'hui il s'étouffe dans son alcool
Et me laisse seule avec nos trois gosses à nourrir

À la fabrique c'est pas facile
C'est pas non plus très dur
Mais ce sont ces heures qui défilent
Et puis cette horloge sur le mur
Le premier rêve qui passe
M'aide à tenir jusqu'à midi
Où j'ai quelques minutes d'espace
Pour prendre un sandwich boire un café et m'asseoir

Autrement c'est moi et la machine
Jusqu'à ce que la sirène le décide
Jusqu'au bout de l'après-midi
Jusqu'au bout de ma vie

Malgré moi mon coeur s'en retourne
Vers cette maison dans les terres
Où j'ai passé tant d'années d'amour
À danser sur les bras de mon père
Ses histoires de marins perdus
Ses orages sur le lac Érié
Ses navires à jamais disparus
Avec leurs voiles grandes comme des morceaux de ciel

Oui mais c'est ma vie qu'a été gâchée
Et c'est moi qu'ai eu tort
De laisser cette fabrique
Pour rien utiliser mon corps
Quand je vais rentrer chez moi ce soir
Quand je vais regarder mes mains
Je vais me dire qu'au moins une fois
J'aurais aimé avoir la chance d'aller plus loin

Et je vais travailler ici
Et oublier tout ce que je souhaite
Peut-être ne jamais rencontrer
L'homme dont le nom est sur l'étiquette

Ce sera moi et la machine
Jusqu'à ce que la sirène le décide
Jusqu'au bout de l'après-midi
Jusqu'au bout de ma vie

Francis Cabrel Index